Notre-Dame de la Ronde


Plan Gomboust (1655)

L’église Notre-Dame-de-la-Ronde était située dans la rue du Gros-Horloge, entre la rue du Bec et l’ancien Hôtel de Ville, là où un passage dit « de la Ronde » menait à la rue aux Juifs. Ce passage a été remplacé en partie en 1806 par la rue Thouret actuelle. A cet endroit s’ouvrait une petite place qui avait servi d’aître (de cimetière), à la paroisse.
Il ne reste rien de cette église. Quelques vestiges en ont été rencontrés. Avant la Seconde Guerre Mondiale, l’essentiel du chevet est apparu lors de la démolition d’un immeuble vers le numéro 48 de la rue du Gros-Horloge. Plus tard, on a pu voir une porte – baie en accolade très surbaissée de la fin du XVe siècle – percée dans un épais mur de pierre, donnant dans l’aître de la Ronde.

On donna à l’église le vocable de Notre-Dame-de-la-Ronde pour la distinguer de Notre-Dame de Rouen (la Cathédrale). Pour certains, ce nom venait de l’arrondi de son abside ou plus certainement de la forme circulaire de son clocher, bien visible sur l’image de Jacques Le Lieur et le plan Gomboust.
Elle est antérieure à l’an 1100 puisque, d’après Guibert de Nogent, le 26 janvier 1096, les premiers croisés y entraînèrent les juifs du quartier tout proche pour les forcer au baptême. D’après Taillepieds, même, elle aurait été l’ancienne synagogue, ce qui semble bien douteux.
La première mention de l’existence de la paroisse, une charte de réformation de l’évêque Eudes Rigaud, ne remonte qu’en 1255, mais elle devait être bien plus ancienne. Les titres de la fondation ont été perdus.
Il s’agissait en même temps d’une collégiale de chanoines de nomination royale et d’une église paroissiale. La paroisse était celle de l’« Hôtel Commun »
Elle profita des libéralités des conseillers de la ville pour l’embellissement de l’édifice.
L’église a été pillée en 1562 par les Huguenots.
Nous ne connaissons rien de l’église originelle. Elle dut être rebâtie vers la fin du XIVe siècle.
Selon la tradition, la nouvelle église avait une forme presque circulaire si on excepte la nef et les chapelles plus tardives. L’image tirée de l’œuvre de Jacques Le Lieur ne corrobore pas cette opinion. La nef et le chœur présentent une forme traditionnelle. La nef comportait des piliers sans chapiteaux comme aux églises St-Vivien et St-Godard.
La tour, maçonnée de petites pierres cimentées, était soutenue par des colonnes formant des espèces d’arcades. Elle reposait sur quatre gros piliers et devait être accolée au nord de la nef. Elle dut être renforcée avant Farin, peut-être dès le XVIe siècle. Les arcades furent remplies par des maçonneries pour soutenir la tour qui menaçait de s’effondrer. Elle est assez connue grâce au rapport de l’architecte Jean-Nicolas de Montjay rédigé en 1752.

Les chapelles latérales, dédiées à saint Eutrope et saint Julien ont été construites entre 1464 et 1513. La seconde chapelle a porté ensuite le titre de St-Jean.La dernière arcade de la nef et le portail avaient été érigés en 1490 par le doyen des chanoines de la collégiale, Guillaume Mézard, vicaire général et homme de confiance du cardinal-archevêque de Rouen Guillaume d’Estouteville. D’après Farin, le tympan représentait la Dormition de la Vierge et son Assomption. Il n’y avait pas d’ouverture dans le pignon occidental, ce qui était assez courant dans les églises rouennaises (St-Herbland, St-Nicolas, St-Cande-le-Jeune, en particulier)


Le Livre des Fontaines (Jacques Le Lieur)

L'église a été vendue comme bien national à la Révolution, le 3 juin 1496, pour une somme de 108.320 livres. Quelques années après, elle a été détruite pour donner passage à une nouvelle rue, la rue Thouret.
 
Clergé
En 1770, le clergé se composait de 17 personnes :
4 chanoines
3 hauts-vicaires
8 prêtres habitués
1 acolytes
 
Mobilier
Le maître autel datait de 1688-1708. Il était accompagné d’autels dans les chapelles. Celui de la chapelle St-Jean avait été offert par Pierre du Moustier.
Les documents indiquent la présence d'un jubé entre la nef et le chœur. Il était orné de deux autel, dont un était dédié à la Vierge. D'autres documents vantent la beauté de l'autel principal, élevé à partir de 1688. Il avait été achevé en 1708 par Milet des Ruisseaux.
En 1736, l'architecte De France refit la décoration du chœur. Il fit refaire un nouveau pavage de marbre et de terre cuite.
L
e portail principal était orné de bas-reliefs représentant le Trépas de la Vierge et une Assomption.
 
Tableaux
Un tableau, saint Pierre et saint Jean guérissant un boiteux est maintenant dans l’église paroissiale Saint-Patrice de Rouen. Il s’inspire d’une œuvre du normand Nicolas Poussin (1594-1665). Il avait été offert par la veuve de Pierre du Moustier, lieutenant criminel au Bailliage de Rouen.
 
Orgues

Il y avait un orgue dans l’église. Jean Goujon passe pour en avoir sculpté les supports en 1541. Il avait remplacé un instrument plus ancien car un compte des années 1544-45 parle de la vente "du fût des vieilles orgues".
Un compte de 1588 parle de nouvelles orgues construites par Nicolas Barbier.
Cet instrument avait été modifié au XVIIIe siècle par le facteur Jean-Baptiste-Nicolas Lefebvre (1705-1785) Il a eu en particulier comme titulaire Duphly (1715-1789)

 
Cloches
Une cloche avait été transportée à Sotteville. Elle avait été refondue en1885. Fondue en 1507, elle avait déjà été refondue en 1561, puis en 1722. Elle portait le nom de Danielle, Louise, Catherine. Sur son flanc étaient dessinés un Christ, une Vierge et un évêque. La troisième fonte avait été faite par les Barbette, de Chaumont en Bassigny.
 
Confréries

Confrérie de saint André, pour les cardiers.
Confréries de Sainte-Eutrope, des Trépassés (Transférée à Saint-André aux Fèvres), de Saint-Louis pour les merciers (transférée à Saint-Jean)

 
Localisation


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Bibliographie
Voyages Liturgiques de France, Moleon (Sieur de), 1718, p. 406-408.
Histoire de la ville de Rouen, F. Farin, 3e ed., 1738, t. IV, p.147-174.
Abrégé de l'histoire ... de la ville de Rouen, Lecoq de Villeray, 1759, p. 295-297.
Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, J. J. Expilly, Tome VI, 1770, p. 421.
Tableau de Rouen,
Machuel, 1777, p. 130-133.
Description historique des maisons de Rouen,
E. de la Quérière, II, 1841, p. 273.
Lettres sur la ville de Rouen, Alexandre Lesguilliez, 1826, p. 313.
Coup-d'oeil rétrospectif sur 24 églises paroissiales supprimées à la Révolution, E. de la Querrière, Bull Ste d'Emulation, 1864, p.250
Notice sur Notre-Dame de la Ronde, à Rouen, Ch. de Beaurepaire, Bell. CDA, 1882-1884, p. 127-158.
Nouveau recueil de notes historiques et archéologiques,
Ch. de Beaurepaire, 1888, p.47-78.
Répertoire archéologique du départ. de la S.-Inf.,
Abbé Cochet, 1871, col, 389.
Ancienne cloche de Notre-Dame de la Ronde,
Abbé Tougard, Bull. CDA, 1906-1908, p.186.
Contribution à la biographie de Jean Goujon ,
L. de Vesly, Bull. AMR, 1914-20, p.14.
Inscription de Notre-Dame de la Ronde,
P. Le Cacheux, Bull. CDA, 1920-1931, P. 95-97.
Rouen, Ville d'art et d'Histoire, Eglises, chapelles et cimetières à travers les âges
. Edgard Naillon, T. 2, 1936
Un conflit entre deux paroisses rouennaises. Saint-Jean-sur-Renelle et N.-Dame-de-la-Ronde, H. Eloy, Bull. AMR, 1946-50, P. 14
Rouen aux 100 clochers
, F. Lemoine, J. Tanguy, 2004, 78-79.
Rouen à la Renaissance, L.-R; Delsalle, 2007, p.156-159.
Trois paroisses de Rouen XIIIe-XVe siècles, Ph. Cailleux, 2012.

© Copyright Jacques Tanguy, février 2013